Regarder une oeuvre de Costa Lefkochir, c’est tenter de comprendre le silence. Sur une vaste surface vibratoire où les couleurs s’accordent à l’unisson, apparaissent de subtiles fluctuations, des frémissements et de légères irrégularités qui insufflent à la matière une présence, malgré l’apparente abstraction de la composition. Sur ces fonds d’éther viennent alors s’incarner des formes et des symboles, véritables points d’ancrage de la matière dans un espace presque dépourvu de représentation. Leurs textures de vestiges aux allures archéologiques attisent l’imaginaire par leur élégante simplicité etleur pouvoir d’évocation.
Chez Costa Lefkochir, le symbole constitue une première percée vers un sens qui semble d’abord nous être refusé. Nous contemplons des objets dont nous ignorons l’origine ou la nature, mais dont nous percevons immédiatement la force. Enveloppes scellées, fragments de manuscrits ou textes volontairement inaccessibles composent le langage plastique de l’artiste. Ils renferment pensées intimes, rêves, espoirs ou mélancolies, mais ces écrits ne nous appartiennent pas et ne nous sont jamais révélés. Seule demeure la couleur, dans sa manifestation la plus essentielle, irradiant la surface du tableau comme une aura silencieuse qui confère à l’oeuvre une dimension sacrée. Ce qui importe n’est pas tant le contenu du message que le fait même de son existence : quelque chose a été confié à la matière, puis soustrait au regard.
Dans cette oeuvre, issue de la récente série Éclats dans l’ombre, nous retrouvons pleinement cet archétype pictural. Un parchemin scellé de ficelle repose à l’épicentre d’une croix isométrique à quatre branches, dont la géométrie stable structure l’espace de la composition. Ce symbole, aussi intense que pudique, porte une histoire demeurée muette. La croix grecque est traditionnellement associée à l’équilibre, à la perfection et à l’harmonie. Chacune de ses branches se déploie vers un point cardinal, suggérant une ouverture au monde et la possibilité d’un accomplissement.
Peut-être cette croix figure-t-elle le dépassement de la mémoire humaine, consignée dans un parchemin qui ne s’ouvrira jamais. De la même manière, nous déplorons parfois la distance qui nous sépare de la vertu, mais c’est pourtant bien de nos esprits que prend racine la grandeur. Des plus modestes témoignages de subjectivité peuvent naître un élan vers le bien, une aspiration, un éclat de lumière, un instant d’éternité, peut-être même là où l’obscurité semble la plus dense. Même au creux de l’ombre subsiste toujours un infini sur lequel nous pouvons poser les yeux. – Pierre Hubeaux-Colon
Reportage exposition Costa Lefkochir – “Il est question du ciel”
Veuillez trouver ci-dessous le lien vers le reportage diffusé sur la chaine Qu4tre, dans le cadre de l’émission Culture L, réalisé par Françoise Bonivert.
https://www.qu4tre.be/replay/emission/culturel-4/culturel-4-avec-le-bam-festival/2004144
Time Code du reportage sur Costa Lefkochir : de 15 min 32 à 18 min 50.
Exposition personnelle – Du 11/10 au 24/11/2024
Loin de toute séduction, appelant à la patience de la contemplation, ancrée dans les racines culturelles et artistiques autant que tournée vers un futur idéalisé, abandonnant le statut d’objet pour être symbole, abstraction à l’esthétique singulière pleinement accomplie, l’œuvre entière de Costa Lefkochir emprunte un chemin guidé par la force de l’esprit pour un surplus d’humanisme. Claude Lorent, commissaire de l’exposition.
La peinture des profondeurs de l’être
Sa peinture à la fois généreuse et distante, très travaillée et puissante autant qu’intimiste, repose sur un langage symbolique de formes généralement stylisées, qui évoqueront en chacun des images différentes et donc parlantes dans un contexte individuel.
Là où l’un verra une approche anthropomorphe, un autre retiendra plutôt l’idée de la flamme; là où un récipient sera offrande et signe de partage pour l’un, il deviendra objet pour l’autre, mais chacune de ces interprétations ne pourront dévier du sentiment de toucher à chaque fois à quelque chose d’essentiel qui échappe au banal pour atteindre à une forme de spiritualité, dans la voie de la recherche du sens profond de notre existence. Et c’est certainement la raison pour laquelle tout est suggestion, tout est énoncé mais non défini, tout se pose en amorce et en recherche d’être, tout est passage comme cette barque qui s’avance lentement.
Durant son exposition à la galerie Christine Colon, l’artiste liégeois Costa Lefkochir nous invite subtilement à nous questionner. Au sein de ses œuvres, le silence et le dialogue se chevauchent ; l’intimité se prend au jeu de l’exposition. Quel sens donner à ces différents parchemins clos qui traversent les œuvres ? Ils se refusent à notre regard, se dérobent, mais font jaillir d’eux de nouvelles vérités, lesquelles ?
Dans la toile Passage, on retrouve un de ces parchemins reposant tel un linceul sur un morceau d’écorche calciné. L’écrit est scellé par une ficelle, nous empêchant de prendre conscience de son contenu. Nous sommes confrontés à la profonde inaccessibilité de cet ensemble écrit et pourtant, il en émane une aura chromatique. Cette dernière semble continuer la sépulture, l’élever, pour arriver à un tout céleste. Ce jaillissement, l’artiste le décrit comme étant celui de l’âme. Ainsi, l’âme veut se propager et s’étendre. Elle prend source dans le corps même de la matérialité mais la dépasse à présent pleinement.
Alors que le parchemin précieusement renfermé semblait nier le dialogue que nous tentions de lui adresser, une nouvelle vérité s’expose. Elle s’inscrit en une langue qui ne compte pas sur les mots. Cette langue est volatile, floue mais néanmoins essentielle. L’artiste se dévoile pudiquement dans cette fuite vers l’inintelligible, et nous sommes amenés à y voir plus que dans n’importe quel discours. De ces reliques hermétiques de bois et de papier, nait l’incarnation de l’intimité.
Les mots nous resterons cachés, mais ce mutisme reste en quête d’altérité. Nous sommes mis au défi de comprendre ce qu’il y a au-delà des mots. C’est du deuil d’une lecture claire de l’être que nous pouvons enfin en apprécier son esthétique complexité. Dans l’authenticité de ce dénudement, l’artiste nous invite à interroger ce que nous sommes et avons été, à questionner l’au-delà ; à tenter de plonger au cœur même de notre intégrité.
Né à Héraklion (Grèce), le 30 août 1952.
Etudes à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège, Belgique.
Vit et travaille en Belgique et sur l’île de Paros, Cyclades (Grèce).
Travaille principalement l’acrylique sur différents supports.
Depuis plusieurs années, réalise des livres scellés, des livres sculptures et des livres d’artiste avec des poètes.
Crée des installations pour des lieux spécifiques ainsi que des peintures monumentales associées à l’architecture.
Plus de 100 expositions personnelles et environ 90 expositions de groupe.
Foires d’Art Contemporain : Stockholm Art Fair ; Linéart Art Fair, Gand ;Classic, Courtrai ; Arco, Madrid ; Barcelone International Art Fair ; Foire d’Art Contemporain d’Athènes ; Art Brussels ; Saga, Paris ; st’Art, Strasbourg; Art Paris.
Expositions dans des Centres d’Art Contemporain et des Musées.
Expositions dans des galeries d’art.
2023 Damme (Belgique) Galerie Indigo
Anvers (Belgique) Galerie Art Forum
2022 Liège (Belgique) Galerie Christine Colon – « Cheminement d’une quête »,
2000 – 2022.
Liège (Belgique), La Boverie – Musée des Beaux-Arts
« Cheminement d’une quête » œuvres monumentales 1989-2022.
2021 Liège (Belgique) Galerie Christine Colon « À ciel ouvert », peintures, sculptures.
Anvers (Belgique) Galerie Art Forum – peintures- sculptures.
2018 Liège (Belgique) Grand Curtius « Sources / Rencontres / Traces » –
Costa Lefkochir 1987-2017. Peintures – Sculptures – Photos- Installations
Liège (Belgique) Galerie Christine Colon « Lettres à K.G.Dürckheim » peintures-sculptures.
2015 Bruxelles (Belgique) Art Brussels – Russell Reynolds
2013 Bruxelles (Belgique). Ambassade de Grèce, « Lettres à El Greco ».
Eschweiler (Allemagne). Galerie Art Engert et Röher Parkklinik
« Le voyage intérieur »
2012 Aachen (Allemagne), Aachener Arkaden, Nadiart International et galerie Art Engert.
Présentation par le Prof. Dr. W.Becker, conservateur honoraire du Musée Ludwigforum
2010 Liège (Belgique), Espace et Église des Prémontrés « Les Afriques de Costa Lefkochir ».
Paris (France), Galerie Pascal Vanhoecke « Regards ».
2009 Bruxelles (Belgique), Galerie J. Bastien-Art.
Anvers (Belgique), Galerie Art Forum.
2008 Genève (Suisse), Galerie Krisal, Costa Lefkochir et Nakis Tastsioglou.
2007 Bruxelles (Belgique), Commission européenne (Berlaymont),
« Costa Lefkochir et les Droits de l’homme »
Paris (France), galerie Christine Park.
2005 Athènes (Grèce), Medusa Art Gallery.
Paros (Grèce), Apothiki Art Center.
Nîmes (France), Carré d’Art, Mur Foster,
« Livres scellés, livres sculptures, livres d’artiste ».
Nîmes (France), galerie des Arènes de la ville de Nîmes,
« Costa Lefkochir, peinture / rencontres ».