Nous avons le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition Louise Narbo et Michel Beine, qui aura lieu le vendredi 06 novembre de 18h à 21h30, en présence des artistes.
Louise Narbo
LUNETTE ARRIERE
Cette série, née d’un souvenir d’adolescence, parle du regard et de la mémoire ; de ce qui reste après la disparition de l’image. À quinze ans, je me trouve dans une voiture avec des inconnus. Pour tromper mon ennui, je me tourne vers la lunette arrière. Derrière moi, deux phares tentent de per cer l’ombre qui nous entoure. Deux puissants rais jaunes dans la nuit.
Cette vision me sidère par sa beauté. Je n’avais pas d’appareil photo à l’époque, mais cette image s’est inscrite dans ma mémoire. Lors d’un voyage de nuit en voiture, peu avant les années 2000, je photographie la route baignée de pluie et de brouillard. Je suis assise sur la banquette arrière, des sen sations me guident : l’humidité de la route, la violence des faisceaux lumineux des phares, une atmosphère inquiétante. Pendant des années, ces photos ont dormi dans un tiroir. J’ai cru que ces images par laient de la nuit, du voyage, ou encore de la vie lancée aveuglément dans les ténèbres. Mais elles venaient de plus loin.
Lorsque je les ai retrouvées, un peu par hasard, le sou venir de mes 15 ans et de ce moment de grâce visuel m’est revenu. J’ai réalisé alors que l’image que je n’avais pas pu photographier jadis, m’avait poursuivie pendant près de 30 ans dans le silence de l’inconscient avant que je la produise.
Cette première rencontre avec une image a été l’acte de naissance, le moment fonda teur de mon désir de devenir photographe. Ma mémoire avait pris l’image et me l’avait rendue. Peut-on parler d’image fantôme ? Dans un certain sens oui, puisqu’elle m’a hantée avant de me dévoiler son mystère. Car au-delà de la résurgence de l’image, il y avait encore autre chose. Elle représentait, en fait, une métaphore de la malvoyance de mon père : deux yeux qui tentent de percer la nuit qui les entoure.
– Louise Narbo
Michel Beine
Michel BEINE, né à Bruxelles le 2 mai 1967, vit et travaille à Liège. Diplômé en photographie de Saint-Luc Liège, il y enseigne depuis 2004 l’histoire de la photographie, la photographie contemporaine et le droit à l’image.
Son œuvre s’attache à préserver, par l’acte photographique, des situations, des objets et autant de configurations rencontrées au cours de ses voyages en Amérique. Insolites et anachroniques, ces vestiges aux couleurs brûlées nous sont laissés là, abandonnés dans l’image. Faisant usage du Polaroid, Michel Beine recrée un écosystème symbolique dont les icônes et autres signes résonnent en nous, malgré leur distance temporelle et géographique.
Ces photographies témoignent d’une disparition, douce et lumineuse, de concepts et de visions ayant régi un monde passé : une Américanité vintage qui, peu à peu, s’effrite dans le temps qui passe. Michel Beine accorde, dans sa pratique, une attention particulière à l’angle de vision et à la manière de montrer ce qui a retenu son regard. Photographiant souvent ses sujets sous un angle surprenant, voire inattendu, il révèle aussi parfois le surréel du quotidien : celui de nos architectures, de nos espaces familiers ou de designs aux associations aléatoires qui, soudain, viennent à notre rencontre.
Dans sa dernière série, Rooms, l’artiste consacre un ensemble photographique aux chambres de motel. Secrets, parfois peu salubres, ces intérieurs sans prétention nous sont ici montrés à nouveau. Depuis leur intérieur, dans l’obscure luminosité de leur volume, nous découvrons ce qui, habituellement, ne se montre pas : une face cachée et humaine, loin de l’idéal véhiculé par la publicité. Michel Beine détourne ainsi notre regard de ce que nous sommes habituellement invités à regarder, pour nous conduire vers ce qui demeure en marge de l’image.
-Pierre Hubeaux-Colon.