Nous avons le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition Costa Lefkochir intitulée Eclats dans l’ombre, qui aura lieu le vendredi 25 septembre de 18h à 21h.
Regarder une oeuvre de Costa Lefkochir, c’est tenter de comprendre le silence. Sur une vaste surface vibratoire où les couleurs s’accordent à l’unisson, apparaissent de subtiles fluctuations, des frémissements et de légères irrégularités qui insufflent à la matière une présence, malgré l’apparente abstraction de la composition. Sur ces fonds d’éther viennent alors s’incarner des formes et des symboles, véritables points d’ancrage de la matière dans un espace presque dépourvu de représentation. Leurs textures de vestiges aux allures archéologiques attisent l’imaginaire par leur élégante simplicité etleur pouvoir d’évocation.
Chez Costa Lefkochir, le symbole constitue une première percée vers un sens qui semble d’abord nous être refusé. Nous contemplons des objets dont nous ignorons l’origine ou la nature, mais dont nous percevons immédiatement la force. Enveloppes scellées, fragments de manuscrits ou textes volontairement inaccessibles composent le langage plastique de l’artiste. Ils renferment pensées intimes, rêves, espoirs ou mélancolies, mais ces écrits ne nous appartiennent pas et ne nous sont jamais révélés. Seule demeure la couleur, dans sa manifestation la plus essentielle, irradiant la surface du tableau comme une aura silencieuse qui confère à l’oeuvre une dimension sacrée. Ce qui importe n’est pas tant le contenu du message que le fait même de son existence : quelque chose a été confié à la matière, puis soustrait au regard.
Dans cette oeuvre, issue de la récente série Éclats dans l’ombre, nous retrouvons pleinement cet archétype pictural. Un parchemin scellé de ficelle repose à l’épicentre d’une croix isométrique à quatre branches, dont la géométrie stable structure l’espace de la composition. Ce symbole, aussi intense que pudique, porte une histoire demeurée muette. La croix grecque est traditionnellement associée à l’équilibre, à la perfection et à l’harmonie. Chacune de ses branches se déploie vers un point cardinal, suggérant une ouverture au monde et la possibilité d’un accomplissement.
Peut-être cette croix figure-t-elle le dépassement de la mémoire humaine, consignée dans un parchemin qui ne s’ouvrira jamais. De la même manière, nous déplorons parfois la distance qui nous sépare de la vertu, mais c’est pourtant bien de nos esprits que prend racine la grandeur. Des plus modestes témoignages de subjectivité peuvent naître un élan vers le bien, une aspiration, un éclat de lumière, un instant d’éternité, peut-être même là où l’obscurité semble la plus dense. Même au creux de l’ombre subsiste toujours un infini sur lequel nous pouvons poser les yeux.
– Pierre Hubeaux-Colon