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La peinture des profondeurs de l’être

Sa peinture à la fois généreuse et distante, très travaillée et puissante autant qu’intimiste, repose sur un langage symbolique de formes généralement stylisées, qui évoqueront en chacun des images différentes et donc parlantes dans un contexte individuel.
Là où l’un verra une approche anthropomorphe, un autre retiendra plutôt l’idée de la flamme; là où un récipient sera offrande et signe de partage pour l’un, il deviendra objet pour l’autre, mais chacune de ces interprétations ne pourront dévier du sentiment de toucher à chaque fois à quelque chose d’essentiel qui échappe au banal pour atteindre à une forme de spiritualité, dans la voie de la recherche du sens profond de notre existence. Et c’est certainement la raison pour laquelle tout est suggestion, tout est énoncé mais non défini, tout se pose en amorce et en recherche d’être, tout est passage comme cette barque qui s’avance lentement.

Claude Lorent, (extrait), La Libre Culture

EXPOSITION PERSONNELLE DU 04/02 AU 14/03/2021
Durant son exposition à la galerie Christine Colon, l’artiste liégeois Costa Lefkochir nous invite subtilement à nous questionner. Au sein de ses œuvres, le silence et le dialogue se chevauchent ; l’intimité se prend au jeu de l’exposition. Quel sens donner à ces différents parchemins clos qui traversent les œuvres ? Ils se refusent à notre regard, se dérobent, mais font jaillir d’eux de nouvelles vérités, lesquelles ?
Dans la toile Passage, on retrouve un de ces parchemins reposant tel un linceul sur un morceau d’écorche calciné. L’écrit est scellé par une ficelle, nous empêchant de prendre conscience de son contenu. Nous sommes confrontés à la profonde inaccessibilité de cet ensemble écrit et pourtant, il en émane une aura chromatique. Cette dernière semble continuer la sépulture, l’élever, pour arriver à un tout céleste. Ce jaillissement, l’artiste le décrit comme étant celui de l’âme. Ainsi, l’âme veut se propager et s’étendre. Elle prend source dans le corps même de la matérialité mais la dépasse à présent pleinement.
Alors que le parchemin précieusement renfermé semblait nier le dialogue que nous tentions de lui adresser, une nouvelle vérité s’expose. Elle s’inspire en une langue qui ne compte pas sur les mots. Cette langue est volatile, floue mais néanmoins essentielle. L’artiste se dévoile pudiquement dans cette fuite vers l’inintelligible, et nous sommes amenés à y voir plus que dans n’importe quel discours. De ces reliques hermétiques de bois et de papier, nait l’incarnation de l’intimité.
Les mots nous resterons cachés, mais ce mutisme reste en quête d’altérité. Nous sommes mis au défi de comprendre ce qu’il y a au-delà des mots. C’est du deuil d’une lecture claire de l’être que nous pouvons enfin en apprécier son esthétique complexité. Dans l’authenticité de ce dénudement, l’artiste nous invite à interroger ce que nous sommes et avons été, à questionner l’au-delà ; à tenter de plonger au cœur même de notre intégrité. Pierre Hubeaux-Colon