Yves Piedboeuf

About

“Cette peinture contient comme un souffle de vent et de sable, c’est ce qu’elle m’évoque immédiatement. Des trois rochers centraux surgit une forme qui s’apparente à un …Bédouin. Cela est dû à la forme noire comme l’espace laissé aux yeux, dans un habit du désert. Je n’arrive pas à m’en départir, et c’est cela qui me perturbe, car je ne pense pas que tu aies voulu faire une telle allusion.

Chacun projette immanquablement des images héritées, un sixième sens… en fonction de son vécu ou de ses aspirations.

C’est une belle pièce, homogène et intrigante. J’aime quand, dans une œuvre, le médium (ici la peinture et le dessin) reste souverain.” José Strée

EXPOSITION RETROVISION du 18/07 au 16/08/2020 – Galerie Christine Colon

“rétrovision”:

le vrai sens : vision de ce qui fût. Dans le sens d’un sixième sens justement, rétrospectif. Médiumnique.
Alors après, allez savoir…
Ici :
– Mémoire et exercice de mémoire (de ressentis, de paysages vus, vécus). Regards derrière, dans le temps, “dans le rétroviseur”. Méditation.

– Temps passé, vie et choses qui fuient et se dissolvent. Vie-mort. Tragique de l’existence (au sens philosophique).

– Rapport à la photographie (que je pratique aussi, et qui compte tout autant pour moi. Peu le savent…). Je joue avec les zooms, la profondeur de champs, le flou et le net, le grain,…
Le noir et blanc bien sûr… qui, comme en photo, est déjà une distance avec la réalité, une “grille de lecture” appliquée à celle-ci.
Fixer le temps qui passe, en faire une image.
Certaines fois, je pars de photos prises en voyage, en promenade.
Certaines fois je pars de photos… de mes peintures anciennes, et les réinterprète (mise en abîme…), en me servant de leur composition, de leur structure.
Certaines toiles sont comme un patchwork d’images agencées. Comme de vieilles photos épinglées à un mur.

– Rapport au cinéma parfois. Paysage comme en mouvement (comme en travelling). Certaines toiles sont construites avec comme des séquences de film.
Dans les films, les “flash-back” sont souvent en noir et blanc. Film de ma vie, de mes pérégrinations (vécues et mentales)…

– Rétrospective, car dans l’ensemble de mes toiles récentes, il est énormément de références à diverses périodes de mon parcours depuis 30 ans… Dans la touche, différente d’une toile à l’autre, dans la facture, dans les compositions, les sujets (récurrents. Horizons, ciel, arbres,…),…

Le format carré s’est imposé à moi il y a déjà longtemps, et est aussi lié à ma pratique de la photographie: je tirais alors des images carrées (à présent, essentiellement rectangles 24/36 classique). Je tiens à préciser que mon travail photo est très différent, mais est lié malgré tout (certains sujets, mais surtout dans le rapport au temps. Au temps passé, au temps qui passe, à la vie, à la mort). Il est aussi beaucoup plus sombre… En revanche, je vois mon travail pictural comme méditatif (sa pratique bien sûr comme je la vis, son processus, mais aussi son contenu), et spirituel (mot important pour moi. J’ai un côté mystique…). Car il exprime aussi selon moi mon rapport fort et profond à la nature, au cosmos.
Mais il y a autre chose, une autre dimension encore : dans l’ensemble de mon travail pictural, et plus particulièrement dans l’une ou l’autre toile, il y a quelque chose de l’ordre de la conjuration (comme on conjure un mauvais sort), du rite (chamanique?)… En contre-poison au monde contemporain, cyber-aseptisé. Un re-basculement à l’élémentaire… Je pense surtout à une peinture, un grand format, où il y a des os/branches, des écrans, et une impression d’hallucinations, de trip…)…

Le noir et blanc vient de la photo comme écrit plus haut, mais auparavant j’ai beaucoup travaillé la couleur et y reviendrai sans doute. Quand je fais du dessin de paysage in situ, tout autre travail/plaisir, c’est toujours en couleur par contre (autre facette encore de ce que je produis: plaisir de dessiner léger, d’explorer mon versant solaire (prépondérant!), à l’instar d’un Hockney, d’un Dufy).

YP