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Ce qui demeure
C’est dans la maison. Exclusivement. C’est cela que Patrick DEVREUX voit, qu’il peint, l’intérieur de la maison. Qu’il voit, car, étrangement, il s’agit ici de voir et non de regarder. Voir au sens où le regard cesse d’agir, de construire, où il se laisse plutôt pénétrer et comme surprendre par les choses disposées là ; meubles, murs, miroirs, rares objets qui lui apparaissent dans leur silence, n’ayant pour seule raison d’être que de se trouver là, présents, espacés, les espaces eux-mêmes comme
entrés dans le regard, ouvertures donnant sur de l’ombre, entrebâillements, lignes de fuite laissant apparaître un corps,     un geste fugace, taches de lumière blanche, reflets confondants, surfaces tout à coup révélées, présence rouge sombre des murs. On est loin du bruit. Aucune distraction. Quelque chose apparaît alors de ce qu’habituellement on ne voit pas d’un lieu, à force d’être dedans, de s’y occuper.
Quelque chose comme une immobilité, n’appartenant pourtant qu’aux intérieurs où l’on vit, quand cesse l’occupation, qui sans doute n’aurait aucune chance d’apparaître dans un endroit totalement déserté, laissé à l’abandon, devenu inerte à force d’abandon. Sortes de traces de vie émergeant là où la vie même semble s’être retirée derrière l’immobilité ; restes d’un passage, d’un moment, d’un mouvement ou geste entrevus et puis plus rien, sauf la trace laissée. Quelque chose, donc,
ayant frôlé l’effacement ou plutôt apparenté à celui-ci, comme ayant la connaissance de l’effacement et néanmoins demeurant, empreint de ce qui a eu lieu, voilant la vie vécue, le temps enfoui en elle, le secret des corps et des objets ; disant que tout ne se dit pas ; laissant dans l’ombre ce qui pourrait advenir encore, présage étrange de ce qui demeure inconnu. Ce serait cela, peut-être, peindre le bord de la disparition.
Nicole Malinconi

Exhibition

September 24, 2016 to October 16, 2016